Lectures Méridiennes
Samedi 13 avril 2019

En partage…

*L’ insomniaque de Tahar Ben Jelloum – Gallimard

Un scénariste de Tanger découvre un jour que tuer le délivre de l'insomnie. Sa mère est la première à en faire les frais. Mais le répit et les nuits de sommeil qu'il retire de son crime ne sont que temporaires.
Au bout d'un an, le voilà en quête d'une nouvelle victime. Services de soins palliatifs, urgences des hôpitaux, Alzheimer avancés, rien n'échappe au scénariste, associé désormais à un infirmier qui joue les rabatteurs. Le scénariste ne tue pas, il hâte la mort des gens, préfère-il dire. Quand il élimine un ancien tortionnaire du régime d'Hassan II, ses forfaits prennent une autre dimension. Il rend justice et cela lui rapporte des mois de tranquillité, qu'il comptabilise en points crédits sommeil. Plus la victime est importante, plus il dort. Capable de commettre des crimes aussi parfaits qu'au cinéma, il ne se mesure désormais plus qu'aux grands de ce monde. Trafiquants, banquiers richissimes, toujours plus inaccessibles.
Parviendra-il à faire le gros coup, celui qui lui permettra de vaincre définitivement l'insomnie ? Rien n'est moins sûr. À tout instant une erreur de scénario peut tout faire basculer.

*Le dernier conte de la dernière pensée d’Edgar Hilsenrath- Le tripode

Odyssée tragique et rocambolesque d'un paysan arménien émigré aux Etats-Unis et accusé à son retour en 1914 de l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand à Sarajevo ; saga familiale foisonnante de destins heureux, cruels ou cocasses ; épopée tentaculaire du peuple arménien condamné à mort par le pouvoir turc lors du « grand massacre » de 1915 : tout se mêle et se répond dans ce roman prodigieux, envoûtant à la manière des contes orientaux, tour à tour truculent, lyrique, grand-guignolesque, subversif, cinglant pour raconter les mille et une nuits de l'Arménie. Après le Nazi et le Barbier, Edgar Hilsenrath a écrit, avec Le Conte de la pensée dernière, prix Alfred Döblin, une nouvelle grande geste épique digne des Quarante Jours du Musa Dagh de Franz Werfel.

*Changer le sens des rivières de Murielle Magellan

*Brexit Romance de Clémentine Beauvais –Sarbacane

Juillet 2017. Marguerite Fiorel, 17 ans, jeune soprano française, se rend à Londres avec son professeur Pierre Kamenev, pour chanter dans Les noces de Figaro. Ils croisent Justine Dodgson, créatrice d'une start-up secrète nommée Brexit romance dont l'objectif est d'organiser des mariages blancs entre Français et Anglais, afin que ceux-ci obtiennent le passeport européen.

* Au nord-est de tout de Mickael Winter- Ed. du Sous-sol

1914, Rockwell Kent, célèbre artiste peintre, n’en peut plus de cette vie mondaine new-yorkaise, passée à courir les cocktails, à chercher la reconnaissance de ses pairs. Époux peu fidèle et tempétueux, il décide un jour de quitter toute cette mascarade, avec sa femme et leurs trois enfants, pour rejoindre Brigus, Newfoundland, un village de pêcheurs et de chasseurs situé sur l’île de Terre-Neuve au Canada, au nord-est de tout. Fasciné par ses habitants – parmi lesquels Robert Bartlett, célèbre explorateur arctique –, il veut s’y construire une nouvelle vie, centrée sur son foyer et son art. Mais Rockwell est un passionné à qui les joies simples de la famille ne suffisent pas. S’il aime sa femme et son in nie patience, l’esthète ne peut s’empêcher de succomber à d’autres charmes. Et son arrogance fait parler de lui, au cœur de cette petite communauté côtière où l’artiste ne cherchait qu’un refuge. Alors que la Première Guerre mondiale éclate, que Kent annonce à qui veut l’entendre qu’il est contre cette guerre, ce havre se transforme petit à petit en un tribunal où les appels d’un misanthrope sont étouffés par les murmures et les rumeurs.
À travers la vie romancée de Rockwell Kent, Michael Winter dépeint avec finesse les angoisses d’un homme incapable de se résoudre à choisir. L’auteur nous offre dans Au nord-est de tout la figure inoubliable d’un artiste en proie aux doutes et à la recherche d’un absolu inatteignable.

* Personne n’a peur des gens qui sourient de Véronique Ovaldé- Flammarion

Gloria a choisi ce jour de juin pour partir. Elle file récupérer ses filles à l'école et les embarque sans préavis pour un long voyage. Toutes trois quittent les rives de la Méditerranée en direction du Nord, la maison alsacienne dans la forêt de Kayserheim où Gloria, enfant, passait ses vacances. Pourquoi cette désertion soudaine ? Quelle menace fuit-elle ? Pour le savoir, il faudra revenir en arrière, dans les eaux troubles du passé, rencontrer Giovannangeli, qui l'a prise sous son aile à la disparition de son père, lever le voile sur la mort de Samuel, le père de ses enfants ? où était Gloria ce soir-là ? ?, et comprendre enfin quel rôle l'avocat Santini a pu jouer dans toute cette histoire.Jusqu'où peut-on protéger ses enfants ? Dans ce roman tendu à l'extrême, Véronique Ovaldé met en scène un fascinant personnage de mère dont l'inquiétude face au monde se mue en un implacable sang-froid pour l'affronter.

*Fugitive parce que reine de Violaine Huisman- Gallimard

Maman était une force de la nature et elle avait une patience très limitée pour les jérémiades de gamines douillettes. Nos plaies, elle les désinfectait à l'alcool à 90°, le Mercurochrome apparemment était pour les enfants gâtés. Et puis il y avait l'éther, dans ce flacon d'un bleu céruléen comme la sphère vespérale. Cette couleur était la sienne, cette profondeur du bleu sombre où se perd le coup de poing lancé contre Dieu." Ce premier roman raconte l'amour inconditionnel liant une mère à ses filles, malgré ses fêlures et sa défaillance. Mais l'écriture poétique et sulfureuse de Violaine Huisman porte aussi la voix déchirante d'une femme, une femme avant tout, qui n'a jamais cessé d'affirmer son droit à une vie rêvée, à la liberté.

*Je suis jeanne Hébuterne d’Olivia Elkaim- Point

Jeanne Hébuterne est une jeune fille quand, en 1916, elle rencontre Amedeo Modigliani. De quinze ans son aîné, il est un artiste « maudit », vivant dans la misère, à Montparnasse. Elle veut s’émanciper de ses parents et de son frère, et devenir peintre elle aussi. Ils tombent fous amoureux. De Paris à Nice - où ils fuient les combats de la Première Guerre mondiale –, ils bravent les bonnes mœurs et les interdits familiaux. Mais leur amour incandescent les conduit aux confins de la folie.

*Le procès du cochon d’Oscar Coop-Phame- Grasset

Dans un village et un temps reculé, un monstre croque la joue et l’épaule d’un bébé laissé quelques instants seul par sa mère, puis repart tranquillement vers la forêt. Il est bientôt rattrapé par une horde d’hommes décidés à le tuer, mais dans le monde des hommes, la justice, comme la mort, se rendent au tribunal. Même si le monstre en question est un cochon qui n’a ni conscience ni parole pour se défendre. Peut-on se faire entendre sans mots ? Les gendarmes l’embarquent donc et le jettent en prison, avant son grand procès.
Dans un texte court et puissant, Oscar Coop-Phane nous raconte le procès d’un cochon, à l’image de ceux qu’on intentait aux animaux jusqu’à la fin du XVIIIème siècle, une pratique aussi étrange que méconnue de nos jours. Divisé en quatre parties, le texte retrace d’abord Le Crime, puis Le Procès, écrit comme une pièce de théâtre dans laquelle interviennent tour à tour les avocats des deux parties, la famille de la victime, les témoins et experts consultés, le public et les jurés, et le cochon, comme il peut, comme vous verrez, avant que le Président ne rende sa sentence : la pendaison. Viennent ensuite L’Attente, où chacun se prépare à la mort du porc ; Jean, le bourreau, Louis, le tout jeune officier chargé de mener l’accusé, le père Paul, en route pour confesser la bête, la famille éplorée, et le cochon que Le Supplice viendra libérer.

*Partiellement nuageux d’Antoine Choplin

*Né d’aucune  femme de Franck Bouysse - La Manufactures des livres

Un livre à la fois âpre et flamboyant, intime et gigantesque, lyrique, animal…
Rose, plus tout à fait une enfant, pas tout à fait une femme, va  brutalement devenir une héroïne tragique lorsque son père décide de la vendre à un riche maître de forge.
Elle va alors raconter dans des cahiers ce que va alors devenir son existence.
C'est un roman terrible. Violent. Passionnant. Douloureux. Captivant et enivrant.
Un destin de femme.

Prochaines lectures Méridiennes : 25 mai, 22 juin, 6 juillet