Lectures Méridiennes
Samedi 23 Mars 2019

1. Les lectures en Partage


°Kiosque de Jean Rouaud


A partir de ce « balcon sur rue », c’est tout une tranche d’histoire de France qui défile : quand Paris accueillait les réfugiés pieds-noirs, vietnamiens, cambodgiens, libanais, yougoslaves, turcs, africains, argentins ; quand vivait encore un Paris populaire et coloré (P., le gérant du dépôt, anarcho-syndicaliste dévasté par un drame personnel ; Norbert et Chirac (non, pas le maire de Paris !) ; M. le peintre maudit ; l’atrabilaire lecteur de l’Aurore ; Mehmet l’oracle hippique autoproclamé ; le rescapé de la Shoah, seul lecteur du bulletin d’information en yiddish…)
Superbe galerie d’éclopés, de vaincus, de ratés, de rêveurs, dont le destin inquiète l’ «écrivain » engagé dans sa quête littéraire encore obscure à 36 ans, et qui se voit vieillir comme eux.
Au-delà des figures pittoresques et touchantes des habitués, on retrouve ici l’aventure collective des lendemains de l’utopie libertaire post soixante-huitarde, et l’aventure individuelle et intime d’un écrivain qui se fait l’archéologue de sa propre venue aux mots (depuis « la page arrachée de l’enfance », souvenir des petits journaux aux couvertures arrachées dont la famille héritait de la part de la marchande de journaux apitoyée par la perte du pater familias jusqu’à la formation de kiosquier qui apprend à parler « en connaissance de cause ».)


° La fontaine à l’école buissonnière d’Eric Orsenna


° Le football, la peste émotionnelle de Jean-Marie Brohm


Derrière le matraquage footballistique de l’’espace public se profilent, la guerre de crampons, les haines identitaires et les nationalismes xénophobes. Derrière, les gains, transferts et avantages mirobolants des stars des pelouses, promues « exemples pour la jeunesse » se cachent les salaires de misère, le chômage, l’exclusion, la précarité et l’aliénation culturelle de larges fractions de la population.


° Quand Dieu boxait en amateur de Guy Boley


Dans une France rurale aujourd'hui oubliée, deux gamins passionnés par les lettres nouent, dans le secret des livres, une amitié solide.
Le premier, orphelin de père, travaille comme forgeron depuis ses quatorze ans et vit avec une mère qui la littérature effraie et qui, pour cette raison, le met tôt à la boxe. Le second ses tourne vers les écritures plus saintes et devient abbé. Mais jamais les deux anciens gamins ne se quittent. Aussi, lorsque l'abbé propose à son ami d'enfance d'interpréter le rôle de Jésus dans son adaptation de la passion de Notre seigneur Jésus-Christ, celui-ci accepte pour sacrer, sur la scène du théâtre paroissial, leur fraternité.

Ce boxeur narrateur atypique et forgeron flamboyant était le père du narrateur. Après sa mort, ce dernier décide de prendre la plume pour lui rendre sa couronne de gloire, tressée de phrases splendides, en lui écrivant le grand roman qu'il mérite.
Un uppercut littéraire.


° Frères d’âmes de Diop


°A la ligne de  Joseph Ponthus


À la ligne" est le premier roman de Joseph Ponthus. C'est l'histoire d'un ouvrier intérimaire qui embauche dans les conserveries de poissons et les abattoirs bretons. Jour après jour, il inventorie avec une infinie précision les gestes du travail à la ligne, le bruit, la fatigue, les rêves confisqués dans la répétition de rituels épuisants, la souffrance du corps. Ce qui le sauve, c'est qu'il a eu une autre vie. Il connaît les auteurs latins, il a vibré avec Dumas, il sait les poèmes d'Apollinaire et les chansons de Trenet. C'est sa victoire provisoire contre tout ce qui fait mal, tout ce qui aliène. Et, en allant à la ligne, on trouvera dans les blancs du texte la femme aimée, le bonheur dominical, le chien Pok Pok, l'odeur de la mer.
Par la magie d'une écriture tour à tour distanciée, coléreuse, drôle, fraternelle, la vie ouvrière devient une odyssée où Ulysse combat des carcasses de boeufs et des tonnes de boulots comme autant de cyclopes.


°La papeterie de Tsubaki et le restaurant Arc en Ciel d’ Ito Ogawa


°Les enténébrés de Sarah Chiche


Automne 2015. Alors qu’une chaleur inhabituelle s’attarde sur l’Europe, une femme se rend en Autriche pour écrire un article sur les conditions d’accueil des réfugiés. Elle se prénomme Sarah. Elle est aussi psychologue, vit à Paris avec Paul, un intellectuel connu pour ses écrits sur la fin du monde, avec qui elle a un enfant. À Vienne, elle rencontre Richard, un musicien mondialement célébré. Ils se voient. Ils s’aiment. Elle le fuit puis lui écrit, de retour en France. Il vient la retrouver. Pour Sarah, c’est l’épreuve du secret, de deux vies tout aussi intenses menées de front, qui se répondent et s’opposent, jusqu’au point de rupture intérieur : à l’occasion d’une autre enquête, sur une extermination d'enfants dans un hôpital psychiatrique autrichien, ses fantômes vont ressurgir. S’ouvre alors une fresque puissante et sombre sur l'amour fou, où le mal familial côtoie celui de l’Histoire en marche, de la fin du xixe siècle aux décombres de la Deuxième Guerre mondiale, de l'Afrique des indépendances à la catastrophe climatique de ce début de millénaire.


° Une jeune fille perdue dans le siècle à la recherche de son père de Goncalo  M . Tavares.


Dans une époque trouble où grondent l'inquiétude et l'effroi, Hanna, une jeune trisomique, est en quête d'un père dont elle ne peut révéler le nom de peur qu'on lui arrache les yeux et la langue. Ému, Marius, alors qu'il fuit lui-même un danger occulte, lui offre son aide. Leur odyssée les mènera jusqu'à Berlin et à ses bruits de bottes. Leur chemin croisera celui de personnages tous plus extravagants les uns que les autres, aux obsessions peu banales. Les apparences sont trompeuses dans ce monde fou. Celle qu'on imagine faible et vulnérable ne serait-elle pas la seule en mesure d'accéder à un autre univers ? Un monde plus lumineux et plus serein, loin de l'absurdité omniprésente.


°Un hiver de glace de Daniel Woodrenell


°Absoluty Darling de Gabreil Tallen


A quatorze ans, Turtle Alveston arpente les bois de la côte nord de la Californie avec un fusil et un pistolet pour seuls compagnons. Elle trouve refuge sur les plages et les îlots rocheux qu'elle parcourt sur des kilomètres. Mais si le monde extérieur s'ouvre à elle dans toute son immensité, son univers familial est étroit et menaçant : Turtle a grandi seule, sous la coupe d'un père charismatique et abusif. Sa vie sociale est confinée au collège, et elle repousse quiconque essaye de percer sa carapace. Jusqu'au jour où elle rencontre Jacob, un lycéen blagueur qu'elle intrigue et fascine à la fois. Poussée par cette amitié naissante, Turtle décide alors d'échapper à son père et plonge dans une aventure sans retour où elle mettra en jeu sa liberté et sa survie.


°Le sel de Jean-Baptiste Del Amo


°Les évaporés de Reverdy


 Roman au charme mystérieux, où les images quasi documentaires butent sur l'indicible des destins humains, un roman entre chien et loup, rêve et réalité, où la poésie malgré tout finit par l'emporter. Un rien mélancolique, sensible au plus haut point, Thomas Reverdy excelle dans ce portrait du Japon contemporain, crépusculaire, tourmenté, celui de la crise sans fin, des catastrophes naturelles et nucléaires, de l'emprise des yakusas sur l'économie, de la corruption des élites.
Ce  roman,  se situe juste après le désastre du tsunami et de Fukushima. Roman subtil, construit sur une forme d'espérance lucide, la possibilité toujours de repartir.

° Le communisme est-il soluble dans l’alcool ? de Philippe Meyer


Courtes ou longues, ces histoires recueillies auprès de dissidents et d'étrangers sont comme du vitriol sur la langue de bois des bureaucrates des pays de l'Est et font autant réfléchir que plusieurs tomes sur le sujet.
Cet humour est non seulement libérateur mais subversif : pour l'oppresseur, l'éclat de rire de la victime est plus inquiétant que ses larmes. Ne serait-ce que parce qu'il fait plus de bruit.


° Changer le cours des rivières de Murielle Magellan


Peut-on changer le cours de sa vie ? À vingt ans, des rêves plein la tête, Marie n'a pas eu la chance d'étudier. Elle n'a connu que la galère des petits boulots et le paysage industriel du Havre. Aussi, lorsqu'elle rencontre Alexandre, garçon brillant et beau parleur, son cœur s'emballe. Mais comment surmonter ce sentiment d'infériorité qui la poursuit ? Financièrement aux abois, piégée par un acte de violence incontrôlée, Marie accepte le marché que lui propose un juge taciturne, lui servir de chauffeur particulier pendant quelques mois. Une cohabitation qui risque d'être houleuse, compte tenu de la personnalité de ces deux écorchés vifs. Dans ce roman d'apprentissage en forme de fable urbaine, Murielle Magellan confronte deux mondes habituellement clos, et nous livre un texte émouvant sur l'éveil à l'autre.


°En marche de Benoit Dutertre
 

Thomas, jeune député curieux et constructif, entreprend un voyage d’étude en Rugénie. Réformé sous la houlette de l’économiste Stepan Gloss, ce pays est devenu la vitrine du meilleur des mondes possibles entre services privatisés, cités sans voitures et championnats de la Diversité. Une valise à roulettes en guise de bâton de pèlerin, Thomas s’enchante puis s’étonne devant les contradictions de ce décor idéal : où la pollution des villes est rejetée dans les banlieues ; où la campagne n’est plus qu’un décor vendu à la découpe ; où les vieux Rugènes et leurs habitudes s’opposent aux hipsters épris de tri sélectif… Un clin d’œil à Voltaire et à Orwell inspire cette fable de plus en plus grinçante : quand la déréglementation de l’économie va de pair avec l’hyper réglementation des libertés individuelles, et quand la guerre s’invite dans le jeu de la communication.


° La guerre des pauvres d’Eric Vuillard


1524, les pauvres se soulèvent dans le sud de l’Allemagne. L’insurrection s’étend, gagne rapidement la Suisse et l’Alsace. Une silhouette se détache du chaos, celle d’un théologien, un jeune homme, en lutte aux côtés des insurgés. Il s’appelle Thomas Müntzer. Sa vie terrible est romanesque. Cela veut dire qu’elle méritait d’être vécue ; elle mérite donc d’être racontée.
Les exaspérés sont ainsi, ils jaillissent un beau jour de la tête des peuples comme les fantômes sortent des murs.
 

°La gouteuse d’Hitler de Rosella Posterino


1943. Reclus dans son quartier général en Prusse orientale, terrorisé à l’idée que l’on attente à sa vie, Hitler a fait recruter des goûteuses. Parmi elles, Rosa. Quand les S.S. lui ordonnent de porter une cuillerée à sa bouche, Rosa s’exécute, la peur au ventre : chaque bouchée est peut-être la dernière. Mais elle doit affronter une autre guerre entre les murs de ce réfectoire : considérée comme « l’étrangère », Rosa, qui vient de Berlin, est en butte à l’hostilité de ses compagnes, dont Elfriede, personnalité aussi charismatique qu’autoritaire. Pourtant, la réalité est la même pour toutes : consentir à leur rôle, c’est à la fois vouloir survivre et accepter l’idée de mourir.

2. Pré-pré-pré-présélection du 5 ème Prix des lecteurs de la Méridienne (2020)


Nous commençons…


° Partiellement nuageux d’Antoine Choplin
 

Ernesto est astronome dans le modeste observatoire de Quidico au Chili. Il étudie les nuages de Magellan, une galaxie naine. Il vit seul dans ce territoire mapuche avec son chat, Le Crabe et Walter un vieux télescope peu performant. Lors d'un voyage à Santiago, dans l'espoir de trouver le financement pour une pièce (lame de Schmidt) de son télescope défectueux, Ernesto ne peut s'empêcher de visiter le musée de la Mémoire où une photo de Paulina, sa fiancée disparue durant la dictature de Pinochet le plonge dans un passé douloureux. C'est dans ce même musée qu'il fait connaissance d'Ema qui porte elle aussi une histoire lourde. Ils devront surmonter les blessures jamais cicatrisées de cette terrible période.


3. Prochaines Lectures Méridiennes :


- le 13 avril  avec cette question : « Qui vous a donné le goût de la lecture ? »
-le 25 mai
- le 15 juin : autour des livres de Laurence Cossé
-le 6 juillet