Lectures Méridiennes

Samedi 14 avril 2018


Des livres en partage :


Mourir pour Kobané  de Patrice Franceschi (Equateur)


Contrairement à Dantzig abandonnée autrefois à Hitler, Kobané symbolise une résistance réelle, celle des Kurdes contre ce nouveau totalitarisme : l'islamisme radical - sans doute la plus grande barbarie enfantée par le début du XXIe siècle. Pour les djihadistes de Daech, habités par la haine de tout ce qui ne leur ressemble pas, l'idée même de démocratie doit disparaître à jamais. Celle-ci est au coeur du mouvement révolutionnaire des Kurdes de Syrie qui combattent l'Etat islamique pour en faire vivre les valeurs essentielles : liberté individuelle et collective, égalité homme/femme, laïcité, respect des minorités, justice économique.
Deux visions opposées de l'homme et du monde s'affrontent dans ce roide morceau du Moyen-Orient. Mourir pour Kobané est le récit de deux années de compagnonnage avec les Kurdes de Syrie. Un récit de terrain, engagé, à hauteur d'homme, volontairement trempé dans le seul «savoir de la chair». Au-delà des concepts et théories, au-delà de ce qui ne peut être dit encore, il veut donner à voir et comprendre le quotidien saisissant d'un peuple luttant sans esprit de recul pour des valeurs identiques aux nôtres.
Une guerre qui, comme à Dantzig autrefois, nous concerne tous.


Les âmes errantes de Tobie Nathan (L’Iconoclaste)


Un essai au regard unique sur la question des jeunes radicalisés, fondée sur une expérience clinique.

En septembre 2014, l’État confie à Tobie Nathan le suivi d’une cinquantaine de jeunes gens en voie de radicalisation. Un an et demi plus tard, il rend un rapport, mais veut poursuivre la réflexion. Un livre est nécessaire. Trop de clichés sont colportés, trop d’idéologies brandies, trop de fausses réponses apportées. Qu’on pense à l’échec des centres dits de « déradicalisation ». Ou au célèbre « Expliquer, c’est déjà excuser » de Manuel Valls.

Quarante ans passés auprès des migrants, trois ans de consultations avec les jeunes radicalisés. Peu d’intellectuels ont pu les approcher aussi intimement. Il en dresse des portraits ciselés, touchants, empathiques. Tobie Nathan a mis à profit l’expérience d’une vie pour sonder ces âmes errantes et baliser pour elles un «éventuel chemin de retour». Plus encore! Il les approche «en frère». Lui, le Juif, le migrant, l’enfant des cités, le révolté de Mai 68, se retrouve dans cette jeunesse d’aujourd’hui, engagée, combative, sûre de ses idéaux et de sa place dans l’Histoire. Jeu de miroirs entre radicaux d’hier et d’aujourd’hui : « Je leur ressemble », dit-il.


Les chiffonniers de Paris d’Antoine Compagnon (Gallimard)


L'âge d'or du chiffonnage à Paris, c'est la monarchie de Juillet et le Second Empire. Dans ces années 1820, on lit, on écrit de plus en plus, la presse et la librairie produisent sans relâche, et le papier manque. Le chiffon devient une matière précieuse avant l'invention de la cellulose du bois.
Créature de la nuit, le chiffonnier est abondamment représenté dans les caricatures de Daumier, Gavarni ou Traviès, avec sa hotte au dos, son crochet à la main et sa lanterne. On le croise dans la poésie d’Hugo, Gautier, Baudelaire et dans les romans réalistes d'Eugène Sue ou Champfleury. Le chiffonnier, on l'a compris, est l'alter ego de l'écrivain, l'un n'existerait pas sans l'autre.
Dans ce livre très richement illustré, il est question de littérature, mais aussi d'images, car celles du chiffonnier sont innombrables, et peu de passagers du siècle ont été portraiturés autant que lui, ou encore d'économie, de société, de politique, dans une histoire culturelle intégrée du moment du chiffon.


Imaginez la pluie de Santiago Pajares (Actes Sud)


Il n'a jamais connu que les dunes et le désert, et pour toute compagnie sa mère qui lui raconte un monde détruit par la folie des hommes. Ici point de rose à soigner, point de renard ou d’astéroïde à chérir. La nostalgie n’a pas cours, seul compte ce qui autorise la survie : un appentis pour s’abriter des tempêtes de sable ; quelques palmiers et un puits ; beaucoup de lézards – et de rares légumes.
Consciente que son petit prince devra un jour désirer autre chose, la mère fait de lui le dépositaire de ses souvenirs. Elle lui représente ce qui composait l’existence d’avant : le goût du café fumant, l’arôme des fleurs, la rosée du matin sur les fougères, les notes d’un piano – mais aussi la haine, la cupidité et la guerre. Elle sait qu’un jour il faudra partir, s’arracher à ce lieu familier mais précaire.
À la mort de sa mère, terrassé par le silence, le garçon entreprend un long voyage pour revenir vers les hommes.
Fable exquise sur le désert intérieur de chacun, composé d’épreuves, de solitudes et de mirages, Imaginer la pluie s’attache à l’inventaire de ce qui est réellement indispensable à notre bonheur.


Les spectateurs de  Nathalie Azoulai (P.O.L)


Dans le salon d’un petit appartement, un enfant de 13 ans, sa petite sœur et ses parents regardent la télévision. Le général de Gaulle, président de la République, y donne une conférence de presse qui les sidère. Celle du 27 novembre 1967. L’enfant comprend en direct qu’on peut avoir à quitter son pays natal, comme ses parents chassés de chez eux quelques années plus tôt. Bouleversé, il veut savoir comment ça s’est passé et questionne ce premier exil. Il leur demande quand et comment on décide de partir, ce qu’on emporte dans ses valises, ce qu’on laisse derrière soi mais, à toutes ses questions, personne ne répond vraiment, comme si on lui cachait quelque chose. Le soir même de la conférence, sa mère se confie à sa voisine Maria, une couturière qui lui confectionne toutes ses robes d’après celles que portaient les stars hollywoodiennes des années 40. Rita Hayworth, Lana Turner, Gene Tierney, des figures qui accompagnent sa vie et qu’elle invoque à tout bout de champ. De l’autre côté du mur, l’enfant reconstitue les menaces, le départ, les adieux, et parvient à recoudre les différents pans d’une histoire qui entrelace l’amour et le secret, l’exil et le cinéma, l’Orient et l’Occident...


Un océan, deux mers, trois continents de Wilfried N’Sondé


Il s'appelle Nsaku Ne Vunda, il est né vers 1583 sur les rives du fleuve Kongo. Orphelin élevé dans le respect des ancêtres et des traditions, éduqué par les missionnaires, baptisé Dom Antonio Manuel le jour de son ordination, le voici, au tout début du XVIIe siècle, chargé par le roi des Bakongos de devenir son ambassadeur auprès du pape. En faisant ses adieux à son Kongo natal, le jeune prêtre ignore que le long voyage censé le mener à Rome va passer par le Nouveau Monde, et que le bateau sur lequel il s'apprête à embarquer est chargé d'esclaves...

Roman d'aventures et récit de formation, Un océan, deux mers, trois continents plonge ce personnage méconnu de l'Histoire, véritable Candide africain armé d'une inépuisable compassion, dans une série de péripéties qui vont mettre à mal sa foi en Dieu et en l'homme. Tout d'ardeur poétique et de sincérité généreuse, Wilfried N'Sondé signe un ébouriffant plaidoyer pour la tolérance qui exalte les nécessaires vertus de l'égalité, de la fraternité et de l'espérance.


Le langage chorégraphié de Pina Bauch de Brigitte Gauthier (L’Arche)


Rien n’est plus difficile que décrire des gestes, des pas, des couleurs, des sons, leurs relations, leurs continuités. C’est pourtant la tâche de celui qui essaie de comprendre le « système » esthétique de Pina Bausch. Pas étonnant donc que la plupart des ouvrages qui visent son œuvre débordent d’images et se contentent de fournir des arguments lapidaires. Il y a dans la personne de Pina Bausch ce mélange d’une grande fragilité et d’une grande force. « La force la plus grande est un profond désir », a-t-elle un jour déclaré. La douceur de son regard surprend. La simplicité de ses gestes, le ralenti de ses jeux de mains ouvrent sur une danse qui n’est pas une chorégraphie imposée de l’extérieur. La création de ses pièces est proche de l’enseignement socratique, elle fait naître la danse de l’intérieur des danseurs. Elle leur permet de laisser émerger le mouvement, dont il faut découvrir ‘l’origine en soi-même. Ainsi ses œuvres puisent dans des ressources qui, jusque-là, restaient inexplorées ou étaient taries. Brigitte Gauthier présente, au cours de cette étude, l’émergence de ce mouvement dansé si typique de Pina Bausch. Son travail part du souvenir des textes d Ervin Goffman (1922-1982) sur la dramatisation de l’expérience quotidienne. Goffman a essentiellement travaillé sur les lieux d’interaction entre les individus. Ils existent des seuils entre nos différentes activités, ces moments de passage d’un état à un autre. C’est là où le lien surgit. C’est là où la méthode de Goffman peut nous aider à comprendre par l’analyse cette œuvre unique qui est celle de Pina Bausch.


Mac et son contretemps d’Enrique Vila-Matas (Christian Bourgois)


Mac vient de perdre son travail et se promène tous les jours dans El Coyote, le quartier de Barcelone où il habite.
Il est obsédé par son voisin, un célèbre écrivain. Il se vexe chaque fois que celui-ci l'ignore.
Un jour, Mac l'entend parler de sa première œuvre, Walter et son contretemps, avec une libraire, un livre de jeunesse plein de passages incongrus, dont il se souvient vaguement. Il décide alors de modifier et améliorer ce premier récit que son voisin préférerait laisser dans l'oubli.

Enrique Vila-Matas examine en profondeur la création littéraire sans renoncer à apporter au lecteur des moments de divertissement.


Dernières nouvelles du futur de Patrice Franceshi (Grasset)


2028. Depuis son observatoire de la cordillère des Andes, un astrophysicien identifie une planète jusqu’alors inconnue. Sur la surface parfaitement lisse du corps céleste, on peut lire en lettres noires : « Qui êtes-vous ? ». L’humanité tout entière se mobilise pour y répondre…
2056. Le premier « homme augmenté » conçu par Google voit le jour. Il court le cent mètres en 4,5 secondes, soulève six cent kilos au développé-couché et son esprit calcule à la vitesse d’un ordinateur quantique. Seuls les plus riches peuvent prétendre à ces améliorations. Des émeutes éclatent…
2120. Les voyages n’existent plus, on parle désormais de « déplacements éducatifs ». Un jeune couple part « fêter » son mariage à bord de l’Oiseau de des îles, un avion solaire ultra-rapide censé leur faire découvrir les Sept merveilles du monde. Les mariés sont loin d’imaginer ce qui les attend…
2121. Annoncé depuis plus d’un siècle, le cataclysme climatique tant redouté commence. Typhons, volcans et tsunamis ravagent la planète. En secret, le « réseau Sénèque » s’organise pour sauver ce qui peut l’être…

Quelles nouvelles attendre du futur ? L’avenir sera-t-il à la hauteur de nos espoirs ? Et si les progrès rêvés d’aujourd’hui devenaient les cauchemars bien réels de demain ? Dans le sillage d’Orwell et de Huxley, Patrice Franceschi dessine pour nous, en quinze fables pleines d’humour, d’imagination et tendresse, le portrait-robot d’une humanité qui a perdu la raison.


Et mon luth constellé d’Ariane Screder (Héloïse d’Omesson)


Louise vient d’apprendre la mort d’Iris. Elle part se réfugier dans son village natal, au creux des Pyrénées, abrité par un château Cathare. En retournant dans le hameau de son enfance, Louise replonge dans l’histoire de cette amitié qui l’a construite et l’a déchirée.
Iris était arrivée au village une nuit d’été, jeune femme charismatique, qui avait décidé de poser ses valises pour quelques temps. Comédienne, elle avait fait revivre la librairie (du chat qui dort) et son propriétaire, vieil ours pétri de chagrin. Sa venue avait transformé le petit village montagnard, se liant d’amitié avec les uns et les autres et prenant Louise, enfant de dix ans, sous son aile comme une grande sœur. Ses lectures dans l’unique café étaient devenues le rendez-vous immanquable des habitants. Et pourtant, un jour sans dire au-revoir, alors que la petite Louise était hospitalisée, elle était partie, presque en cachette. Laissant derrière elle les cœurs gros et l’incompréhension d’une enfant, qui croyait-elle, avait été abandonnée.

Une Odyssée de Daniel Adam Mandelson (Flammarion)


Lorsque Jay Mendelsohn, âgé de 81 ans, décide de suivre le séminaire que son fils Daniel consacre à l’Odyssée d’Homère, père et fils commencent un périple intellectuel et émotionnel de grande ampleur. Croisant les thèmes de l’enfance et de la mort, de l’amour et du voyage, de la filiation et de la transmission, ce livre est le récit poignant de la redécouverte mutuelle d’un fils et d’un père.

 


Prochaines lectures Méridiennes : 16 juin et 7 juillet 2018 à partir de 10h00