Lectures Méridiennes

 

 C’était le samedi 23 juin 2012 à 11 h...

Réunis au sein  de «  l’espace adultes » nous avons  discuté autour de plusieurs ouvrages. Dans un premier temps,  nous avons évoqué deux  premiers romans édités chez Arlea :


Eux sur la photo
d’Hélène Gestern  
 

  Une petite annonce dans un journal comme une bouteille à la mer. Hélène cherche la vérité sur sa mère, morte lorsqu’elle avait trois ans. Ses indices : deux noms et une photographie retrouvée dans des papiers de famille, qui montre une jeune femme heureuse et insouciante, entourée de deux hommes qu’Hélène ne connaît pas. Une réponse arrive : Stéphane, un scientifique vivant en Angleterre, a reconnu son père. Commence alors une longue correspondance, parsemée d’indices, d’abord ténus, puis plus troublants. Patiemment, Hélène et Stéphane remontent le temps, dépouillant leurs archives familiales, scrutant des photographies, cherchant dans leur mémoire. Peu à peu, les histoires se recoupent, se répondent, formant un récit différent de ce qu’on leur avait dit. Et leurs découvertes, inattendues, questionnent à leur tour le regard qu’ils portaient sur leur famille, leur enfance, leur propre vie. Avec Eux sur la photo, Hélène Gestern nous livre une magnifique réflexion sur le secret de famille et la mémoire particulière que fixe la photographie. Elle suggère que le dévoilement d’éléments inconnus, la résolution d’énigmes posées par le passé ne suffisent pas : ce qui compte, c’est la manière dont nous les comprenons et dont nous acceptons qu’ils modifient, ou pas, ce que nous sommes.

 

Le syndrome du glissement d’Elisabeth Laureau- Daull 

 Julienne a 85 ans. Sans famille et sans ami, elle décide de s'installer dans une maison de retraite afin de finir ses jours dans un endroit tranquille où l'on s'occuperait d'elle. Mais très vite elle va se rendre compte que considérée comme inutile aux yeux de la société, elle n'aura plus aucune liberté. Des heures sont imposées pour tout déplacement, toute sortie, les pensionnaires sont assommés par des médicaments. Infantilisée, Julienne ne supporte pas cette situation et comprend alors qu'elle va devoir lutter pour ne pas plonger dans un état végétatif. Elle décide donc d'écrire. Ecrire son quotidien dans cette maison de retraite, mais aussi son passé, les souvenirs qu'elle a de sa grand-mère, de sa mère... C'est un moyen pour elle de ne pas sombrer, de na pas être atteinte du "syndrome de glissement", qui fait qu'une personne en bonne santé se laisse aller et dépérit très rapidement. Mais tout ne se passera pas comme elle l'avait prévu... Le directeur n'est pas d'accord pour la laisser écrire sur ses conditions de vie dans la maison de retraite, les infirmières l'infantilisent, voire lui manquent de respect... Julienne se laisse donc glisser, malgré sa volonté de rester vaillante.

L’évocation de la vieillesse et de la solitude nous a amené à présenter :

Et puis Paulette de  Barbara Constantine édité chez Calman-Lévy , roman où la solidarité entre générations réchauffe le cœur.



  Ferdinand vit seul dans sa grande ferme vide. Et ça ne le rend pas franchement joyeux. Un jour, après un violent orage, il passe chez sa voisine avec ses petits-fils et découvre que son toit est sur le point de s'effondrer. À l'évidence, elle n'a nulle part où aller. Très naturellement, les Lulus (6 et 8 ans) lui suggèrent de l'inviter à la ferme. L'idée le fait sourire. Mais ce n'est pas si simple, certaines choses se font, d'autres pas...
Après une longue nuit de réflexion, il finit tout de même par aller la chercher.
De fil en aiguille, la ferme va se remplir, s'agiter, recommencer à fonctionner. Un ami d'enfance devenu veuf, deux très vieilles dames affolées, des étudiants un peu paumés, un amour naissant, des animaux. Et puis, Paulette...

 

Dans un tout autre registre : Le dernier testament de Ben Zion Avrohom de James Frey chez  Flammarion

 L’auteur propose de  mettre en situation le Messie, mais  un Messie contemporain, anti-religion, prônant la liberté, l’amour et le sexe. Un Messie expliquant que la fin des temps est pour bientôt mais qu’elle n’est que l’œuvre de l’homme et non d’un Dieu .L’homme  crée  sa perte en confiant son avenir à des  politiciens, des économistes et des dogmes de sociétés profondément antinaturels.
Ben Jones ou Ben Zion Avrohom, voici un Messie particulier: zonant entre le Queens, le Bronx ou Manhattan, de confession juive mais avec une famille convertie au catholicisme dans une de ses formes les plus extrémistes, ayant survécu à un accident de chantier mortel, sujet à des crises d’épilepsie pendant lesquelles il parle à Dieu, aimant les hommes comme les femmes et utilisant la tendresse et le sexe comme réconfort physique et moral…

C’est cet individu que nous suivons dans ce roman, via la parole de 13 de ses proches.
Car c’est ici un des grands plaisirs du roman de James Frey, l’utilisation de la forme chorale pour parler de Ben.

Roman culotté, dérangeant qui ne laisse pas indifférent avec une fin intrigante...La tranche du livre comme maculée de sang a pu rebuter quelques lecteurs... Il faut passer outre et osez ouvrir le roman.

 

Donald Ray Pollock, après des nouvelles nous propose son premier roman...


 

Le diable tout le temps chez  Albin Michel

  De la fin de la Seconde guerre mondiale aux années 60, les destins de plusieurs personnages se mêlent et s'entrechoquent. Willard Russell  qui a combattu dans le Pacifique est toujours tourmenté par ce qu'il a vécu là-bas. Il est prêt à tout pour sauver sa femme Charlotte, même s'il doit pour cela ne rien épargner à son fils Arvin. Carl et Sandy Henderson forment un couple étrange qui écume les routes et prend de jeunes auto-stoppeurs qui connaîtront un sort funeste.... Roy, un prédicateur convaincu qu'il a le pouvoir de réveiller les morts, et son acolyte Théodore, un musicien en fauteuil roulant, vont de ville en ville, fuyant la loi et leur passé.

Ce roman interroge sur la part d'ombre qui est en chaque individu, sur la nature du Mal Son écriture est d'une beauté inouïe mais sans concessions. Avec maestria, il entraîne le lecteur dans une odyssée sauvage qui marque durablement les esprits.

Un livre remarquable.

 

Pour conclure cette première rencontre, le très bel ouvrage de Jean- Christophe Bailly

Le Dépaysement, voyages en France, au Seuil

  Le sujet du livre : la France. Le but : comprendre ce que ce mot désigne aujourd'hui et s'il est juste qu'il désigne quelque chose qui, par définition, n'existerait pas ailleurs." Ainsi commence "Le Dépaysement". Mais pour répondre à cette question, à cette question d'identité, l'auteur, au lieu d'écrire un essai, a pendant trois ans parcouru le territoire, prélevant dans le paysage lui-même, sur le motif, les éléments d'une possible réponse. Les frontières, les rivières, les montagnes, les écarts entre nord et midi, mais aussi les couches de sédimentation de la conscience historique, ce sont tous ces éléments rencontrés en chemin qu'il restitue au sein d'un livre qui veut être avant tout la description d'un état de choses, à un moment donné. Cette "coupe mobile" fera donc passer le lecteur par une grande variété de lieux, des plus marqués par l'Histoire aux plus discrets..

  Le livre propose un montage de textes habilement composé, sans plan préconçu, et non soumis à une démonstration.  En revanche Jean-Christophe Bailly remarque ce qu’il peut y avoir parfois d’arrêté, de pesant ou de désespérant dans le spectacle du monde présent. l’auteur allant jusqu’à parler d’un « avachissement du présent sur lui-même » à propos des pavillons qui gagnent peu à peu les espaces naguère réservés aux jardins ouvriers, à Saint-Étienne ; pour lui, cette impression d’un passé commun conservé dans la ville d’aujourd’hui comme un fragment d’utopie, indique un espoir, malgré tout.


 Ce livre a obtenu le prix Décembre.

 

  Prochaine Lectures Méridiennes le samedi 20 octobre, 11 h